Permis de conduire

CFC Marseille (13)

Une auto-école sociale à Marseille

La création d’une auto-école sociale sur le secteur nord de Marseille répond à notre objectif social de permettre l’accession au permis de conduire des personnes désavantagées  financièrement et à notre mission de mettre en œuvre une pédagogie adaptée à chaque individu quel que soit son niveau d’enseignement. De par la loi, une auto-école sociale répond à une mission d’insertion.

Des études sociologiques (Mathieu Grossetête) ont démontré que les classes populaires et les jeunes issus de milieux socialement défavorisés sont particulièrement en danger, notamment dans leurs déplacements routiers, de nombreux facteurs sociaux les exposant à la mortalité routière. En effet, environ ¼ des  conducteurs  tués  est issu  des milieux socialement désavantagés. Près d’un conducteur sur deux tués sans permis de conduire fait partie de cette même catégorie sociale.

permis de conduire

Les besoins sur le territoire marseillais

L’implantation du dispositif d’accompagnement à la mobilité citoyenne sur le territoire répond à des besoins bien identifiés chez les personnes en parcours d’insertion: enclavement des populations dû à une mauvaise desserte des Transports Collectifs (géographique et temporelle), une méconnaissance du réseau et des dispositifs d’aides, un faible niveau d’équipement en transport individuel et, bien sûr, un pourcentage faible de permis de conduire. Ces deux derniers points renvoyant à une dépendance vis-à-vis des Transports en Commun et donc à une difficulté, voire une impossibilité, de répondre aux offres d’emploi des métiers en tension exigeant une grande mobilité.

 

Le dispositif d’accompagnement à la mobilité citoyenne

  • Cet accompagnement permet de mettre en relation les connaissances et les savoirs avec les attitudes, les comportements, les pratiques sociales et les valeurs citoyennes.
  • La prévention et l’éducation au risque routier constituent une expérience directement transférable au milieu professionnel.

 

Le permis de conduire est un outil gratifiant et indispensable à l’insertion professionnelle.

Il favorise l’autonomie et la confiance en soi. Parfois c’est l’unique « diplôme » ou encore le premier.

D’autre part, le nombre d’offres d’emploi où le permis est exigé est très important et il peut même atteindre 80% dans certaines filières en tension. Or, ce sont justement ces filières comme la Sécurité et le Gardiennage, les SAP, le BTP, l’Hôtellerie-Restauration, qui requièrent de faibles niveaux de qualification et dans lesquelles les publics éloignés de l’emploi pourraient s’inscrire. Malheureusement, le pourcentage de détention du permis B chez ces publics est largement inférieur à la moyenne (76% en France pour tout public, contre seulement 40% pour le public en insertion, par exemple). Il est important de préciser que le taux de réussite au permis des publics ayant bénéficié de l’aide du RSA était de 15% seulement en 2010 (Chiffres Pôle emploi Bouches-du-Rhône). Ceci démontre que même lorsque le frein financier est en partie levé, des obstacles demeurent.

Le taux de réussite dans notre auto-école  est aux alentours de 69 %. (1 ou 2 présentations)

 

Les besoins de ce public

Un accompagnement spécifique, différencié et personnalisé dans le cadre d’un organisme de formation et d’insertion professionnelle.

Problématique du public accueilli :

Le public que nous recevons au CFC de Marseille est jeune, célibataire, famille monoparentale, présentant des carences éducatives, familiales, linguistiques, culturelles, et cognitives, souvent en rupture sociale, avec des problèmes d’addiction.

Cette population jeune est marquée par d’importantes difficultés socioéconomiques.

Elle est aussi stigmatisée par les médias qui évoquent la délinquance, les règlements de compte entre trafiquants, etc.

Nous remarquons que ces jeunes issus de milieux défavorisés ont une représentation sociale assez négative de leur personne et de leur catégorie socioprofessionnelle. Ils n’ont en outre pas ou peu de projet à long terme, projet de vie, famille, activité professionnelle, sociale, culturelle, sportive….

Les apprenants que nous accompagnons dans les quartiers Nord de Marseille ont des représentations communes sur la notion de risque. Le niveau de risque accepté est plutôt élevé, influencé par leurs conditions de vie et leur représentation du danger en général. N’ayant pas ou peu de projet futur construit, imaginé, l’autre usager a peu de place dans leur environnement et leur satisfaction personnelle passe en priorité.

Pour ces jeunes, ce peut être un premier départ, la découverte d’un ailleurs possible, un avenir possible…

 

Méthodes et outils

Notre dispositif d’accompagnement répond aux recommandations du Comité Interministériel de Sécurité Routière dont celle-ci :

« Rendre le permis de conduire plus accessible aux publics qui ont besoin d’un accompagnement personnalisé (alphabétisation, apprentissage des comportements sociaux, santé et estime de soi…) ».

L’accompagnement que nous mettons en forme a pour objectif de faire travailler les futurs conducteurs sur le rapport qu’ils ont déjà avec eux-mêmes; cela passe souvent par l’accompagnement à la définition de leur projet de vie, projet professionnel. Il s’agit par différents moyens de les aider à conscientiser et valoriser leurs propres capacités et qualités, afin de leur permettre de se projeter plus facilement vers la réussite de ce projet, source de motivation.

 

En parallèle de ce travail, notre accompagnement vise également et surtout le savoir « vivre ensemble ». L’activité de conduite consiste à partager un espace commun, à accepter et comprendre les différences, les erreurs et autres déviances des usagers de la route, afin de mieux s’y adapter.

C’est pourquoi nous pensons qu’il est indispensable que le parcours de formation de l’apprenant se fasse avec l’aide de ses pairs, en y confrontant ses valeurs, ses représentations, ses certitudes, croyances et opinions à celles du groupe. Il n’y qu’à travers ces échanges parfois longs et douloureux que l’on peut produire une modification des représentations. Le groupe est un accélérateur de changement, adhérant ensemble aux nouvelles valeurs proposées. Le collectif permet de faire l’expérience de l’altérité, des différences sociales, économiques et culturelles, l’apprentissage du respect de ces différences, de la solidarité et du partage, cela permet les débats, piliers de la formation à la citoyenneté

En outre, cette méthode facilite la prise de parole de chacun et la capacité à argumenter ses idées face au reste du groupe, source également d’apprentissage. Cette méthode est pratiquée aussi bien en salle qu’en véhicule.

Ce rapport de soi aux autres impose un mode de fonctionnement régi par des règles de vie collective (exemple : règlement intérieur), dans lequel chacun doit y trouver un bénéfice individuel mais aussi collectif, malgré le coût personnel que cela engendre. S’occuper d’eux est une façon de leur montrer qu’ils ont une valeur, que la société les reconnaît, que leur vie compte.

Prendre conscience de son niveau, sans jugement, et peut-être se réconcilier un peu avec l’idée de « savoir et de connaissance » sont des principes d’autoévaluation.

L’acceptation du règlement interne est un moyen de faire adhérer dans la compréhension et non plus dans la contrainte les règles de circulation routière.

 

L’alternance : pour ce public qui a souvent été en position d’échec scolaire, il semble bon de partir du chemin qui va de la réussite à la compréhension (chemin naturel), plutôt que de celui qui va de la compréhension à la réussite (chemin de l’école) et ainsi mettre en place une stratégie d’apprentissage inversé. De plus, afin de faciliter l’assimilation des connaissances et la création de compétences, il est bon de faire fonctionner dans les deux sens la boucle « réussir et comprendre », « comprendre et réussir » en instaurant une pédagogie d’allers et retours permanents pratique/théorie/pratique (Piaget et Wallon).

La formation en situation pratique doit s’appuyer sur « une pédagogie de l’incident ou du dysfonctionnement ». C’est à ce moment que les compétences se constituent.

Les méthodes actives sont majoritairement utilisées : l’élève est acteur de son apprentissage, parfois même l’auteur ; à travers des situations de recherche, d’expérimentation, il construit son savoir. De ce fait il est plus autonome et responsable.

Au regard de la production active de l’apprenant, l’accompagnant peut obtenir un retour immédiat et adapter si besoin son accompagnement, sans devoir attendre forcément les résultats observés lors des évaluations. Les méthodes actives sont également sources d’engagement et permettent une mémorisation et assimilation sur le long terme, mais également une mobilisation intéressante de l’apprenant.

L’apprenant est considéré dans la globalité de ses rôles sociaux, en tant que futur professionnel, futur conducteur, en tant que citoyen et en tant que consommateur. Cette formation doit renforcer sa perception, ou sa représentation du caractère permanent de son rôle d’acteur dans une dynamique de développement durable. Une compétence particulièrement importante est celle qui permet à la personne d’adopter et mettre en œuvre une vision systémique de ses propres activités et d’articuler ses compétences individuelles à des compétences collectives.

Conclusion

Notre engagement  vise à adapter les préconisations des différents rapports européens pour l’amélioration des systèmes de formation à la conduite, aux publics issus de milieux socialement défavorisés qui sont, tout au long de leur vie exposés d’une manière significative aux risques en général, et plus précisément aux risques routiers.

Cette nouvelle approche est basée sur l’analyse et la posture réflexive dont l’autoévaluation et l’autonomie. Au-delà des représentations habituelles du travail d’enseignant de la conduite, il s’agit aujourd’hui d’éduquer les apprenants à une démarche citoyenne pour y développer des notions de prudence et de développement durable dans leur comportement.

Les diverses explorations théoriques nous ont montré la nécessité pour le formateur d’évoluer vers une posture d’accompagnateur. En effet, l’importance que nous donnons à la liberté personnelle et à l’autonomie favorise la prise de conscience avant toute action de transformation.  Dans la pédagogie de l’alternance, enseigner n’est pas transmettre, c’est produire et coproduire des connaissances reproductibles.

Le travail en groupe permet de comparer, d’échanger, de rompre avec ses pratiques antérieures, de former des jugements, de favoriser la prise de conscience. L’apprenant devient alors acteur et coproducteur de ses nouveaux savoirs.

Un des facteurs de réussite de ce projet est le cadre qui permet d’utiliser toutes les compétences des acteurs du centre de formation, les formateurs et les accompagnateurs. Cet environnement global permet aussi de construire et de maintenir les motivations des apprenants.

Depuis la mise en place de ce dispositif, nous pouvons constater que l’ensemble des groupes a développé des capacités d’acceptation de l’autre, de la formation, des contraintes et la compréhension des enjeux du déplacement routier.

Notre  taux de réussite de l’examen du permis de conduire est de 69 % (taux national 58 %) environ (1 ou 2 présentations) et ainsi trouve toute sa légitimité d’existence et valide la conception pédagogique de ce dispositif d’accompagnement.

 

Statistiques

Du 1er juin 2013 au 31 juillet 2019 :

  • 382 personnes se sont présentées à l’examen du permis de conduire
  • 344 ont obtenu leur permis de conduire, soit 90 %

264 personnes l’ont obtenu à la 1ère et 2ème présentation, soit 69 %

 

Contact :
Rachid SOLAIMANI
189 avenue Corot
13014 Marseille
Tél. : 04 91 11 19 70

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